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GA333 - Œuvres complètes de Rudolf Steiner
La liberté de pensée et les forces sociales,
les demandes sociales du présent et leur réalisation pratique.




La connaissance de l’esprit comme une base pour les actes.
Stuttgart, le 30 décembre 1919 

 


 

Les références Rudolf Steiner Œuvres complètes ga 333 143-166    1971 30/12/1919



Original





Traducteur: Daniel Kmiecik Editeur: SITE

Français seulement

Connaissance de l’esprit en tant que fondement d’actions

Stuttgart, 30 décembre 1919


Il y a à peu près deux ans, au moment où les événements catastrophiques de ces derniers temps approchaient de leurs dénouements, les circonstances firent que les amis de notre université des sciences spirituelles, fondée à Dornach, voulurent proposer un changement de nom pour cette université de science de l’esprit (1). On devait ainsi exprimer la manière dont, à partir de la conscience d’une vie spirituelle allemande, on voulait s’opposer à tout ce qui pût se lever à l’encontre de cette vie spirituelle dans le présent ou dans l’avenir. On a alors appelé Goetheanum, cet édifice, qui doit également restituer dans sa configuration artistique ce qui vit dans la science spirituelle d’orientation anthroposophique — et vous ressentirez l’importance de cette dénomination — et cette université pour la science spirituelle. Et donc ce Goetheanum se trouve sur un colline au Nord-Ouest de la Suisse, telle la signature d’un esprit réellement international, mais un esprit tel qu’il veut avoir en lui cet élément significatif que l’on peut rattacher au nom de Goethe. Et c’est pourquoi on prendra la liberté, en s’y livrant à des considérations de science spirituelle, comme elles doivent y être cultivées, de se souvenir par-ci par-là de cet élément goethéen.

Il semble en apprence, que je prends bien loin mon point de départ aujourd’hui, mais peut-être que cet élément lointain sera plus approprié pour attirer l’attention sur un élément caractéristique de la science spirituelle telle qu’on l’entend ici.

Il est peut-être connu que Goethe, après avoir accepté la responsabilité de ses charges à Weimar, se consacra intensément à des considérations de sciences naturelles, à partir de certaines circonstances de la vie qu’il mena en ce lieu. Et au moment où, après avoir fait des recherches et des études les plus variées sur les plantes et les animaux à Weimar et à Iéna, la ville voisine, et après s’être occupé de toutes sortes de recherches scientifiques, au milieu des années quatre-vingt, lors de son voyages en Italie qu’il traversa de région en région, il se mit à rédiger ses idées qu’il se faisait dés lors sur le rapport entre les plantes et la Terre. Il écrivit à son ami resté à Weimar (2) qu’il était pleinement sur la piste de la plante originelle, de cet archétype végétal dont il était convaincu qu’il s’agît d’une forme à concevoir seulement en esprit, une forme qui reposait certes à la base de toute plante réelle, mais qui ne restait qu’une unité conceptuelle saisissable par l’esprit. C’est alors qu’il écrivit quelque chose de remarquable à son ami de Weimar : à savoir qu’avec cette forme bien présente dans l’âme, on doit être en situation de reconnaître le monde végétal de sorte qu’en modifiant cette forme conceptuelle — en fait Goethe désignait cette formation spirituelle comme étant à la fois de nature sensible et suprasensible — de manière correspondante, en lui donnant une forme concrète, l’on doit créer en esprit quelque chose qui a la possibilité de conquérir une sorte de réalité extérieure. On doit avoir saisi si profondément cette plante archétype, bien présente dans l’âme au point de pouvoir la découvrir dans sa réalité de plante imaginative, mais qui a pareillement sa légitimité pour devenir une réalité extérieure comme les plantes, qui sont là dehors dans les prairies, dans les bois et en montagnes.

Que pensait alors Goethe et que ressentait-il, en exprimant cela dans l’instant où il se croyait parvenu au sommet de sa manière de voir les choses dans un certains domaine de connaissance ? Ne voyons-nous pas à ses propos, nommément si nous tenons compte en plus de ce qui vivait dans la nature de Goethe, que vis-à-vis de la nature, Goethe s’efforçait alors à une connaissance qui, comme elle s’exprimait, restait conforme à l’esprit et donc à une connaissance dans laquelle ne collaboraient pas seulement les sens, dans laquelle ne collaborait pas seulement l’intelligence, mais une connaissance dans laquelle collaborait entièrement aussi l’élément spirituel en l’être humain ? Mais ne voyons nous pas aussi la manière dont Goethe s’efforçait à une connaissance qui pouvait aussi s’immerger dans l’essence des choses, une connaissance qui se savait si unie aux choses qu’en créant les idées des choses, elle pouvait être au clair sur le fait que dans cette énergie de création, qui vit dans l’âme et qui est productive, vivait la même chose que ce qui vivait et tissait dans la force de croissance des plantes là dehors ? Goethe était conscient sur ce point : si les plantes croissent là dehors, si elles développent feuille après feuille, bourgeon après bourgeon, fleur après fleur, c’est qu’en elle vit cette énergie de croissance. Mais avec celle-ci, qui vit là dehors, Goethe voulait lui-même s’unir, il voulait la laisser vivre dans sa propre âme. Dans ce qu’il élaborait en tant qu’idées cognitives sur les choses, devait vivre quelque chose qui était de même nature que ce qui reposait là dehors au fondement des choses.

C’est à une énorme intimité dans la participation au vécu des choses extérieures que l’on s’efforce ainsi au moyen d’une telle connaissance. On sous-estime aujourd’hui encore la pesanteur, qui opèrait dans l’effort de connaissance de l’humanité, au moment où Goethe se haussait à de telles idées ; car aujourd’hui, au fond, nous vivons dans de tout autres idées cognitives. La science spirituelle d’orientation anthroposophique qu’on a en vue ici veut être cependant un goethéanisme, c’est-à-dire non pas, par exemple, une science de Goethe — dans la manière avec laquelle telles ou telles associations Goethe traitent de ce qu’a dit ou écrit Goethe — au sens où elle s’empare de ce qui a vécu d’une manière originaire et élémentaire chez Goethe et qui possède sa propre vivacité intérieure, pour le faire fructifier sans cesse, et cela doit être aujourd’hui tout différent de ce que cela pouvait être en 1832, au moment où mourut Goethe. En Goethe vivait un esprit qui continue à se développer, même après que Goethe fut mort pour ce monde. On peut parler aujourd’hui d’un goethéanisme de l’an 1919. Lequel ne nécessite pas de réchauffer ce que Goethe a dit mot pour mot mais doit oeuvrer dans son esprit. Et l’on peut croire agir au mieux dans son esprit quand, avec ce qu’il a cherché à développer en son temps, voici presque un siècle et demi, sur le petit domaine du végétal et un peu aussi sur celui de l’animal — et encore seulement pour ce qui relève des formes extérieures —, quand on fait de sa vaste conception du monde une impulsion pour accueillir d’abord avant toutes choses l’être humain dans cette vaste conception du monde développer par lui. Avec cela on se déclare partisan d’un goethéanisme qui devra oeuvrer en se transformant sur tout ce qui aujourd’hui veut résulter comme conception du monde à partir des régions les plus considérables de notre effort de connaissance, de ce qui veut naître comme conception du monde à partir des domaines scientifiques.

Peut-être puis-je, quelque peu en accord avec ce que j’ai déjà dit dans les conférences précédentes, caractériser une fois encore comment se déroula l’évolution spirituelle de l’humanité civilisée lors de ces quatre derniers siècles. Qu’y avons-nous vu paraître en tant que force principale à l’œuvre dans l’évolution humaine et dans l’effort de connaissance ? Nous avons vu naître la vie intellectuelle, une vie conforme à l’intelligible et si nous en avons jsutement vu aussi les grands triomphes dans le domaine des sciences naturelles, nous devons cependant dire : en dépit du fait que ces sciences naturelles nous décrivent en abondance les faits extérieurs concrets, — la manière dont nous, les hommes, nous nous jetons sur le monde extérieur, à savoir cette manière avec laquelle nous formons des images en notre âme sur la nature extérieure et sur la vie, est intellectuellement colorée d’outre en outre.

On parvient certes dans quelque chose de très spirituel, quand on adopte préférentiellement comme règle de conduite le facteur intellectualiste dans la nature humaine. Nos idées abstraites et nos concepts sont naturellement intérieurement très spirituels. Ainsi, tels qu’ils se sont fait valoir dans ces quatre derniers siècles, sont-ils bien spirituels en soi, mais ils ne sont pas en situation de devenir quelque chose d’autre que des images reflets des faits concrets extérieurs. C’est l’élément caractéristique de notre vie d’esprit et d’âme : nous en sommes progressivement venus à développer des idées abstraites, des concepts abstraits, tous affinés au travers d’une épuration par l’élément spirituel, qui osent seulement approcher la réalité sensible, et qui n’ont pas en eux la vigueur de concevoir quelque chose d’autre dans la vie que l’élément extérieur sensible. Ces hommes qui mobilisent aujourd’hui tous les ressorts de leurs âmes dans cette direction intellectualiste, croient souvent suivre tout à fait inconditionnellement et sans préjugés les cheminements de leurs recherches, de leurs pensées. Mais ce penser et cette recherche, qui se meuvent à partir de tels cheminements intellectualistes, ne sont absolument pas indépendants de l’évolution historique. Et il est intéressant de voir comment mainte personne, qui se désigne aujourd’hui comme philosophe, scientifique, croit d’une manière quelconque pouvoir légitimer à partir de la nature humaine ou de l’être du monde, la raison pour laquelle elle explore de telle ou telle manière, alors que la manière dont elle explore, n’est que le résultat d’une éducation de l’humanité vieille d’un millénaire.

Quand on remonte d’abord — et aujourd’hui je ne puis que caractériser cela en gros — au travers des siècles post-chrétiens dans la Grèce antique, on rencontre alors dans les derniers siècles de la Grèce pré-chrétienne les premiers commencements déjà de ce penser intellectualiste, auquel nous nous sommes absolument et totalement soumis depuis le quinzième siècle dans l’Occident civilisé. Dans la Grèce antique, nous trouvons éclose ce qu’on a très longtemps appelé la dialectique. Cette dialectique est la mise en activité d’un élément idéel qui tend de plus en plus à l’abstraction. Mais celui qui considère la vie grecque sans prévention, celui-là voit que celle-ci est encore chez Platon très spiritualisée, avant de régresser en simple vie logique de l’intellect chez Aristote, en un contenu d’âme vieilli. Et lorsque, par exemple, comme Nietzsche l’a fait — de manière grandiose quoique quelque peu maladive aussi — l’on remonte dans les temps primitifs du penser grec, de l’évolution de la culture grecque, alors on trouve que dans ce que Nietzsche a désigné comme l’époque tragique des Grecs, — que dans cette vie de l’esprit l’élément dialectique logique et abstrait n’existe pas encore, ni non plus l’attitude qui consiste à se tourner sur le simple monde extérieur. Mais dans cette vie spirituelle grecque il existe encore quelque chose qui ne peut remonter que du plus profond de la nature humaine elle-même, laquelle fait naître d’elle-même et porte l’essence du monde dans ses configurations multiples. Et quand nous remontons plus loin encore à la source originelle de ce qui pris naissance là-bas en Grèce, avant d’y filtrer ensuite en simple logique, plus loin encore, en Orient, nous découvrons ce à quoi j’ai récemment fait allusion et ce que l’on pourrait désigner pour l’humanité actuelle — mais seulement pour elle — comme une connaissance mystérique secrète. Celle-ci est une connaissance qui est acquise d’une manière que l’humanité actuelle dans sa vie normale, ne peut absolument plus se représenter. Dans ces écoles de l’Orient antique, qui étaient à la fois des écoles, des ateliers d’art, et des centres religieux, l’homme n’avait pas simplement quelque chose à apprendre ou bien à explorer par ses facultés intellectuelles, mais, il avait surtout à être préparé pour approcher les mystères de l’existence, il avait à effectuer une transformation complète de la totalité de sa nature. Dans ces Mystères de l’Orient, c’était une chose allant de soi que l’homme, tel qu’il se trouvait alors dans la vie extérieure, ne pût pas pénétrer dans les Mystères de l’existence. C’est pourquoi on devait d’abord éduquer l’homme pour le mener, au travers d’une discipline sévère de toute sa nature, à cet état de complète transformation de l’être et l’on communiquait alors à cet autre être ce que l’on désignait comme le contenu de la connaissance. C’est sur la base d’une riche vie d’âme et d’esprit concrètement configurée, qui n’existe certes plus historiquement mais que l’on peut constater par la science spirituelle, qu’une connaissance s’est donc édifiée autrefois en Orient, qui s’est répandue ensuite vers la Grèce et y a été filtrée et épuisée en dialectique, en logique, en simple intelligence, et, sans cesser d’être de plus en plus filtrée et épuisée, elle est devenue ce simple intellectualisme au sein duquel nous sommes enfoncés de force depuis le milieu du quinzième siècle.

Sans diriger sincèrement le regard de l’âme sur de telles choses, que je viens de vous caractériser, on ne peut pas examiner les divers courants culturels et établir les bilans civilisationnels de l’existence actuelle, on ne peut pas non plus en venir à des appréciations fécondes sur ce qui est aujourd’hui indispensable à l’humanité. Aujourd’hui, il s’agit que l’on examine réellement sincèrement ce qui est devenu et qu’on reconnaisse dans quels univers spirituels nous nous trouvons en vérité. Quand on suit ainsi la manière dont une vie spirituelle plus ou moins étrangère depuis l’Orient s’est implantée en Grèce, y a subi un processus de filtration et d’épuisement avant de conduire à notre intellectualisme, alors on en vient à la question suivante : Comment cette vie spirituelle s’est-elle donc véritablement développée ?

Cette vie spirituelle n’a pas pu autrement se développer du fait qu’elle était liée d’une certaine façon à quelque chose qui tient de la nature au sein de l’entité humaine. Si l’on examine attentivement ce qui a agi et ourdi à la vérité dans la nature humaine, pour que cette vie spirituelle ait pu évoluer et se développer au travers de la transformation de l’homme, alors on doit dire : la fait concret de l’hérédité y joue un rôle, ce fait de la transmission héréditaire par le sang dans l’humanité joue là-dedans un grand rôle. Et nous ne pouvons étudier à la vérité que la manière dont a eu lieu l’évolution de la connaissance au sein de l’humanité à partir de la reconnaissance de ce fait concret de l’évolution du sang. C’est pourquoi la connaissance de ces temps-là, auxquels j’ai fait allusion, pour exposer l’origine de notre connaissance actuelle, était également reliée à des peuples singuliers, à des races particulières, à des contextes sanguins et héréditaires singuliers. C’est au travers d’une différenciation provoquée par des peuples particuliers que la connaissance s’est produite. Ce à quoi l’on devait avoir égard, lorsqu’on allait chercher l’élève hors de son existence pour le faire entrer dans cette école des Mystères, dont j’ai parlé, ce à quoi il fallait faire attention lors de sa formation, c’était de savoir quel sang, quel tempérament vivait dans ce sang, quels dons de la nature fondée par le sang vivaient en lui. Et ce qui dépendait ainsi de la nature devait être amené à évoluer jusqu’à ce qui pouvait résulter de cet élément conforme à sa nature, pouvait paraître au grand jour dans la connaissance de l’homme concerné.

Celui qui connaît réellement l’évolution historique de l’humanité, celui qui ne s’en tient pas — je peux avoir recours encore une fois à cette expression — à cette fable convenue (en français dans le texte, ndt) qu’on appelle « histoire » aujourd’hui, mais considère l’évolution historique réelle de l’humanité, celui découvrira que cet état de dépendance de la vie d’âme et d’esprit eu égard à la persistance du sang, au fait tangible du sang, cessa radicalement au milieu du quinzième siècle pour la zone occidentale du monde civilisé. Alors quelque chose commence à donner le ton, quelque chose qui ne peut jamais être lié au sang dans l’évolution de l’humanité. C’est très intéressant à voir, si l’on considère tout ce qui s’est développé d’artistique dans l’humanité moderne depuis le quinzième siècle ; la manière dont tout cela jaillit des sources de la vie de l’âme humaine, qui n’a plus rien à voir avec cette même coloration élémentaire, dans son aspect naturel des plus grandes productions spirituelles des temps primitifs. On peut méconnaître cela dans beaucoup de milieux. Celui qui veut correctement comprendre ce qui vivait chez Eschyle, ce qui vivait chez les anciens philosophes grecs comme Héraclite ou Anaxagore, celui qui veut concevoir ce qui a vécu dans cette ancienne culture, doit être au clair qu’il y avait là quelque chose qui était lié à la nature du sang de certaines races. Le Grec en était encore conscient que toute sa nature spirituelle était attachée à la fleur d’âme que faisait fleurir son sang. On peut prouver cela, si l’on suit par exemple d’une manière sensée les œuvres de l’art grec, en particulier ces formes sculpturales typiques. Quand on tente d’en arriver à ce qui repose à la base de ces types, alors on découvre qu’il en vit trois dans le milieu de la sculpture grecque : d’abord le type satyre, ensuite le type mercure, qui apparaît particulièrement dans toutes les têtes de Mercure, puis le type que nous découvrons chez Zeus, Héra, Athéna, Apollon. Que l’on compare attentivement un jour les formes des nez, les formes des oreilles, tous les détails chez chaque type singulier, alors on en viendra tout naturellement à la manière dont le Grec voulait exprimer dans le type satyre, et dans le type mercure, quelque chose d’une humanité subalterne, au sein de laquelle s’est répandue une humanité supra-ordonnée au sang de cet élément aryen, auquel le Grec donna un reflet dans sa tête de Zeus. On pourrait dire : dans cela est exprimée la conscience de la manière dont le Grec se sentait attaché élémentairement au sang dans l’évolution de l’humanité. Cela cessa de rayonner progressivement et cela cessa d’avoir une importance pour l’humanité au milieu du quinzième siècle. Depuis cette époque, c’est l’élément intellectuel qui règne dans ce qui est produit normalement à l’extérieur en spiritualité, cet élément de la représentation, de sorte que ce qui s’éveille alors en l’âme, ce qui relève de la nature de la vie de l’âme, n’eut plus rien à faire avec ce qui bouillonnait dans le sang, ce que le sang produisait. Cela, même des philosophes triviaux doivent l’admettre: ce qui vit dans cette manière intellectualiste de se représenter les choses n’est pas liée au corps, et pour le moins n’est plus lié au sang, et à vrai dire cela n’a rien à faire non plus avec ce qui jouait un si grand rôle dans l’ancienne spiritualité : avec l’hérédité, avec le fait concret de la parenté liée au sang au sein de l’hérédité.

En ce milieu du quinzième siècle, ce qui survint de différent dans l’évolution de l’humanité, c’est certes sous la forme d’une spiritualité tout à fait tenue, pour ainsi dire, juste à peine intellectualiste, qui éduqua cependant l’humanité moderne vers l’indépendance de tout ce qui relevait simplement de la nature, mais qui l’éloigna en tout cas, en même temps, de tout ce qui, auparavant avait été ressenti comme un élément de nature humaine. Et quelque chose de particulier, je pourrais dire, quelque chose de tragique fit ainsi son entrée dans cette évolution de l’humanité moderne. Elle dut s’élever à une expérience qui est indépendante de l’élément naturel, mais avec ce qui commença d’entrer ainsi dans son âme, elle ne fut plus en mesure de se concevoir elle-même. Dans cette ancienne spiritualité, dans cette connaissance de l’esprit qui était encore édifiée sur le sang, on avait reçu en même temps que les connaissances intérieures, une connaissance de la nature humaine et de l’essence même de l’être humain ; à présent on s’était élevé à une spiritualité abstraite, qui peut remporter de grands triomphes dans les sciences naturelles, mais pour laquelle il est impossible d’entrer dans l’essence de l’homme lui-même et qui en reste donc très éloignée.

Cela eut aussi cependant une autre conséquence. Quand nous regardons en arrière dans cette évolution que j’ai caractérisée comme étant relié à un élément naturel, et que nous dirigeons notre regard à présent, non pas sur la nature cognitive, mais sur ce qui passe dans l’histoire en tant que faits bons ou mauvais, sympathiques ou antipathiques, alors nous découvrons que ces faits se rattachent à la connaissance naturelle, à une expérience de l’esprit conforme à la nature, ces faits sont l’expression d’une expérience naturelle de l’esprit : l’homme s’éprouve au moyen de son sang, il s’élève à la spiritualité au moyen de son sang, il fait l’expérience de ce que son sang lui donne, dans des images puissantes, en imaginations, qui sont les représentations de l’élément spirituel vécu, et ce qu’il vit ainsi en son âme, cela déborde dans la totalité de son être d’homme. Et l’effluance de ce qui pulse ainsi de ses représentations, de ces représentations ressenties, de ses idées ressenties, cela devient ses faits .

Et aujourd’hui ? Nous sommes parvenus à une culmination. Nous avons derrière nous trois ou quatre siècle de vie intellectualiste, nous regardons autour de nous dans le monde civilisé moderne, nous trouvons partout une évolution intense d’une vie qui est explorée de façon intellectualiste d’où résultent les idées les plus multiples, mais toutes ces idées, du fait qu’elles sont trop abstraites, trop étrangères au vivant, ne peuvent pas passer en impulsions dans la vie des actes. Lorsqu’on voit aujourd’hui, là où les problèmes sociaux ou autres problèmes de l’humanité sont si urgents, l’ensemble de la vie de l’âme à partir de laquelle on ne veut absolument pas admettre combien nous sommes en train d’avancer sur une voie sans issue, et combien nous avons besoin d’aller chercher de très profondes énergies dans notre vie d’âme pour redécouvrir des impulsions qui peuvent passer dans les actes — alors, on fait souvenir d’un dicton qu’on rappela aux Allemands au siècle dernier, parce qu’on les trouvait déjà endormis à cette époque déjà : « Dors, Michel, dort, au jardin se promène un âne, au jardin se promène un petit abbé, qui te conduit au ciel. Dors, Michel, dors !— En effet, c’est aujourd’hui une opinion fréquente : prêter l’oreille à n’importe quel élément religieux abstrait, qui ne se trouve dans aucun rapport avec la réalité extérieure immédiate et avec la vie dans cette réalité. Nous avons perdu la relation existante entre la connaissance extérieure de la nature, que nous ne concevons qu’intellectuelle et ce qui vit dans notre âme, ce qui était compris dans la connaissance naturelle antique fondée sur le sang, la contemplation de l’entité de l’être humain.

Je sais combien aujourd’hui on est enclin à entendre de telles caractéristiques, que l’on considère comme des choses quelque peu bizarres, en affirmant qu’elles veulent exagérer les choses. Mais il doit être dit : tant que l’on n’écoute pas ce qui vient de ce coin-là, on n’en vient pas aux idées fécondes sur une réorganisation ou une réédification, qui paraît si nécessaire à tout un chacun, quand on observe les choses sans préjugés. La dimension spirituelle et celle de l’âme — effectivement, à présent nos philosophes d’écoles parlent encore d’un quelconque élément d’âme en relation avec le monde extérieur ; mais cette claire conception-là de la nature de l’être humain en corps, âme et esprit, cela ne vit plus depuis longtemps dans notre manière d’envisager les choses en Occident. On peut alors percevoir un fait très remarquable. On peut seulement en venir à bout — j’ai exposé cela dans d’autres conférences — dans la connaissance de la nature de l’être humain, quand on a la capacité d’articuler cet être humain en corps, âme et esprit. Car le corps c’est ce qui, entre la naissance et la mort, sert d’outil pour les forces spirituelles, l’esprit c’est ce qui se sert de cet outil, et l’âme c’est ce qui n’est ni corps ni esprit, mais qui est l’élément reliant les deux. Sans percer à jour cette triade, on ne peut pas pénétrer l’essence humaine. Mais même d’éminents philosophes en parlent : l’homme consiste en un corps et une âme. Ils croient cultiver une science dépourvue de préventions. En effet une science sans préjugés ! Seulement ils ne savent pas : Dans la vie intellectualiste, nous sommes dépendants de toute l’évolution orientale. Ainsi sommes-nous encore dépendants, dans cette manière de regarder simplement le corps et l’âme qui est la nôtre, du huitième Concile oecuménique de Constantinople de l’an 869, lors duquel fut établi le dogme selon lequel on n’avait plus à croire au Christ en corps, âme et esprit, mais seulement en corps et âme et qu’on devait croire que l’âme était seule à avoir quelques facultés spirituelles. C’est devenu à partir de cette date un dogme de l’Église catholique, c’est devenu un commandement pour ceux qui ont exploré les choses extérieurement. Et aujourd’hui les hommes croient s’appliquer à poursuivre des recherches sans préjugés, qui se dévident et s’imaginent tout naturellement à partir d’elles-mêmes, alors qu’ils ne font que suivre l’éducation ancienne, qui fut inaugurée par le Concile œcuménique de Constantinople en l’an 869, au moment où l’esprit fut supprimé (pour ce qui concerne la croyance en Christ, il faut le rappeler, ndt)

Tout cela a contribué à ce que notre vie spirituelle est devenue si abstraite et si intellectualiste au point qu’il n’y a plus rien dedans — mais pour l’humanité une évolution repose à la base de ce processus et il ne peut plus rien y avoir dedans — de ce qui a vécu dans l’ancienne vie de l’esprit en impulsant la volonté. Et une époque devrait venir dans laquelle, pour ce qui est de ses actes, l’homme apparaîtrait complètement paralysé, si nous, au sein de notre vis spirituelle occidentale, n’en restions qu’au matérialisme. On doit pressentir à partir du cours de l’évolution de l’esprit occidental qu’une nouvelle fécondation de cette évolution spirituelle est nécessaire ; que ce que nous avons perdu, en tant qu’élément ancien rattaché au sang, doit être réacquis d’un autre côté. C’était juste que l’humanité traverse pendant trois ou quatre siècles une évolution indépendante du sang. Elle s’éduqua de ce fait à la liberté, à une certaine émancipation de tout ce qui relevait simplement de la nature. Mais ce que nous avons développé ainsi en intellectualisme, cela doit de nouveau être imprégné, cela doit de nouveau être rempli dans notre nature d’une connaissance telle qu’elle peut s’écouler dans les actes de l’être humain, qu’elle puisse être ré-imprégnée d’âme et d’esprit conformément à la volonté de l’homme. Une telle connaissance de l’esprit, une moderne connaissance de l’esprit, qui ne veut rien avoir à faire avec un renouvellement de l’ancienne connaissance de l’esprit orientale, c’est ce à quoi s’efforce la science spirituelle d’orientation anthroposophique. Et dans ce sens, elle voudrait à présent atteindre non seulement les formes végétales ou animales, mais notamment pour l’homme, cette intimité avec tout ce qui vit dans l’univers, ce par quoi on peut dire : les forces, qui vivent là dehors, entrent dans notre essence, elles s’éveillent elles-mêmes en nous et dans notre activité de connaissance, les forces de croissance de la nature et du monde spirituel vivent en nous, avant toute chose nos propres forces de croissance humaines. Si donc nous imprégnons notre vie intellectualiste avec les expériences de l’esprit, alors nous nous trouvons de nouveau dans la civilisation moderne d’une manière telle qu’à présent ce n’est plus quelque chose d’inhérent au sang qui vit en nous, mais quelque chose de contemplé dans l’esprit libre qui vit en nous, et qui peut de nouveau agir en enthousiasmant et en renforçant notre vie active.

Il en est déjà ainsi que la vie de volonté et d’action de l’homme devrait se paralyser, si elle ne pouvait recevoir un coup de main de ce qui peut être perçu dans l’esprit. C’est juste quand on dit aujourd’hui par exemple : oui, mais les connaissances de cette science spirituelle d’orientation anthroposophique doivent encore être tirées d’une vie de contemplations intérieures ! Certes, qu’elles sont acquises à partir d’une vie de contemplations intérieures, comme aussi finalement les connaissances de la chimie, isolées à partir de l’utilisation des conquêtes de la chimie dans le monde pratique, dans des laboratoires isolés et des bureaux d’études. Ce qui doit être conquis c’est ce qui peut nous donner des informations sur la nature de l’être humain, ce qui peut former aujourd’hui le contenu d’une réelle connaissance de l’esprit, par le fait que de nouveau — mais d’une manière tout à fait différente de celle des Mystères antiques — l’être humain se transforme et parvient à acquérir de ce fait une contemplation spirituelle de la même façon dont il dispose d’une contemplation sensible du monde par ses organes sensoriels, et d’une contemplation intellectualiste au moyen de son intelligence. Cette modestie, dont j’ai parlé ici dans l’avant-dernière conférence, cette modestie intellectuelle, on doit la développer en se disant : de la même manière que l’on doit d’abord éduquer un enfant de cinq ans pour lui apprendre à lire, de la même manière l’homme qui se trouve dans la vie extérieure, doit d’abord se transformer pour approcher des Mystères réels de la nature et de l’esprit. Et c’est avec un renoncement, avec une souffrance librement portée, qu’est rattachée ce qui résulte d’une connaissance réelle sur l’entité humaine. Cela vous pouvez déjà le décrypter des faits qu’il est nécessaire que l’homme qui connaît réellement, en pénétrant dans le monde spirituel, n’entende plus comme il entendait sinon, ne pense plus comme il pensait sinon, mais que dans un organisme spirituel indépendant il doit contempler le monde. Mais entre la naissance et la mort on n’est pas adapté à ce monde, dans lequel on doit alors entrer ; on entre dans un monde vis-à-vis duquel on fait face en étranger. Cette non-adaptation, le fait de se retrouver placé dans un monde auquel on n’appartient pas pour autant qu’on se sert de son corps, c’est quelque chose qui doit être caractérisé par une souffrance de l’âme et de l’esprit, qui ne peut être éprouvée naturellement que par expérience. Au travers de telles choses et d’autres semblables, qui certainement reposent en dehors des tempêtes et des flots de la vie, on doit pénétrer dans le monde spirituel. Mais on calomnie ce qui doit être acquis par la science spirituelle que l’on a en vue ici, quand on déclare : c’est une mystique étrangère au monde ; quand on dit : c’est quelque peu étranger à la vie ou hostile à la vie. Non, ce qui est acquis ainsi, à vrai dire à l’écart de la vie, par l’investigation spirituelle, c’est quelque chose qui, quand cela est présenté devant l’humanité, est un savoir, une connaissance, qui peut être appréhendé conceptuellement par une saine intelligence humaine, mais qui ensuite donne une telle impulsion à l’homme qu’il peut devenir le porteur de sa volonté, de sa vie active.

À quelle connaissance s’efforce la science spirituelle d’orientation anthroposophique , en voulant développer une goethéanisme qui embrasse tout ? Elle s’efforce à une connaissance de l’esprit qui peut être le fondement d’une vie volontaire et active énergique. Rien d’autre ne peut venir en aide à notre monde du fait que ce qui peut être contemplé dans l’esprit s’introduit dans notre vie volontaire et active. La connaissance intellectualiste et son application, les connaissances naturelles, est quelque chose de contemplatif, c’est quelque chose qui peut passer tout au plus dans la technique, dans ce qui est extérieur à l’humain. Mais ce qui est contemplé à partir de l’esprit, cela devient une impulsion pour aller au devant de la découverte de nouvelles voies réellement salutaires pour la vie sociale, cette vie sociale qui devient si difficile.

On pourrait s’interroger un peu et tenter de voir si de telles prétentions de la science spirituelle que j’ai caractérisées ici ne devraient pas être prises en considération, quand on voit combien une infinie souffrance de l’humanité est provoquée du fait qu’aujourd’hui on bousille tant de choses dans la vie sociale, qu’on y apporte du léninisme et du trotskisme et autres choses semblables qui ne sont rien d’autre que du poison intellectualiste, qui devait être amené sans contredit pour la libération de l’humanité, mais seulement aussi longtemps que les anciennes formes sociales n’étaient pas encore saisies par lui. Mais dans l’instant où ce poison les saisit, alors doit se manifester l’action toxique du simple intellectualisme dans la vie sociale. Elle commence à se révéler dans des phénomènes épouvantables et elle se révélera de plus en plus. C’est une terrible illusion quand les hommes croient que dans ce domaine, ils ne se trouvent plus seulement au commencement, mais en un point où l’on peut calmement regarder faire. Pas du tout, nous nous trouvons au commencement et le salut ne peut venir que s’il provient de l’esprit, et la connaissance de l’esprit doit en être le fondement. Au lieu de se laisser aller à toutes sortes de déclamations, parfois avec de bonnes intentions, par exemple sur la façon dont cette science spirituelle n’a rien à rechercher dans la religion, on ferait mieux d’envisager les phénomènes de la vie en se débarrassant des préventions.

C’est ainsi qu’on m’a rapporté qu’ici, à Stuttgart on a tenu une conférence sur la science spirituelle d’orientation anthroposophique (4), dans laquelle on a déclaré : il se peut que l’on mette au jour toutes sortes de choses au moyen des forces clairvoyantes dont parle la science spirituelle ; toutefois cela n’a rien à faire avec la simple candeur qui doit être active dans la religion, et aussi dans la conception religieuse du christianisme. Ainsi peut-on déclamer, ainsi peut-on croire devoir parler quand on est abandonné par tous les esprits de la manière d’observer l’histoire, abandonné par ses esprits qui expliquent comment est l’histoire de l’humanité. Si l’on n’est pas abandonné par eux, alors l’esprit de l’évolution de l’humanité prédit fortement et nettement que ce discours abstrait, provenant d’une auto simplification unilatérale et abstraite de quelque chose de quelconque présent dans l’homme, que l’on ne peut même pas définir d’un terme indéfinissable, ou bien par le nom du Christ, que cet auto-enthousiasme en faveur d’un élément de naïveté enfantine nous a précisément conduits dans la misère sociale dans laquelle nous nous trouvons. D’abord l’élément d’âme et d’esprit fut monopolisé par les confessions. De ce fait naquirent des sciences naturelles, dans lesquelles il n’y a pas d’esprit, et qui exposent sans esprit l’image de la nature. Et en ajoutant qu’au moyen de la science spirituelle, on peut révéler toutes sortes de choses de faits spirituels à l’humanité, on en arrive à exiger à présent d’avouer que dans ces faits spirituels rien ne vit de ce que l’être humain doit rechercher de divin. Effectivement, le matérialisme des sciences naturelles a produit heureusement une dé-spiritualisation de la nature. Cette religiosité produira de plus en plus une dé-divinisation de l’esprit. Et alors nous aurons une nature dé-spiritualisée, un esprit dé-divinisé et une religion sans contenu. Cette religion sans contenu, elle n’impulsera plus d’actes quelconques. La connaissance de l’esprit doit apporter des actes, sinon nos impulsions morales pour notre vie spirituelle occidentale ne sont en vérité que du vent. Nos impulsions morales, elles s’évertuent à partir de notre intériorité d’une autre manière que les connaissances intellectualistes. Celui qui a la capacité de s’observer sans prévention, celui-là sait que ce qui est intellectuellement saisi, par exemple les connaissances scientifiques dans la vie de l’âme, sont quelque chose de tout autre que ces impulsions, qui en tant que mobiles moraux, en tant qu’intuitions morales, se lèvent dans notre intériorité et exigent de nous que nous les introduisions dans la vie. Mais cette vie de l’esprit moderne au moyen de son intellectualisme n’a pu construire aucun pont entre sa connaissance de la nature et sa vie morale. Que sont devenues finalement ces conceptions morales du monde ? Si nous faisons abstraction de conceptions religieuses devenues aujourd’hui plus ou moins sans contenu, quand nous regardons en direction de ces gens sincères qui se charpentent une conception du monde à partir des sciences naturelles, laquelle très certainement est unilatérale à l’extrême, mais elle est pourtant sincère, alors nous devons dire : vous vous représentez qu’un jour, à partir d’une nébuleuse au sens de Kant-Laplace une disposition quelconque a fait apparaître des phénomènes tourbillonnaires, et que peu à peu est né ce qu’aujourd’hui nous appelons notre univers avec ses êtres naturels et les hommes. Mais dans l’homme surgissent des idéaux moraux, des intuitions morales. Si l’on ne croit qu’au contexte naturel, alors ces idéaux moraux, ces intuitions morales sont purement et simplement ce qui en suinte, ce qui n’a de validité qu’aussi longtemps que l’on se dit hommes. Beaucoup de vieux instincts continuent encore de vivre de cette évolution humaine, qui à la vérité au quinzième siècle déjà avaient rencontré leur fin. Si ces instincts n’avaient pas survécus, ils auraient été exterminés un jour et ne seraient plus autrement apparus dans la vie spirituelle humaine, alors on aurait dû purement et simplement s’appuyer sur des documents extérieurs pour se procurer ce que nous appelons des idéaux moraux. Et au lieu de se sentir obligé d’aller les rechercher en soi, ces idéaux moraux, de se sentir obligé à l’égard de la vie spirituelle, qui dépasse tout ce qui est vie physique, par ses idéaux moraux, au lieu de cela, il pourrait au mieux survenir que l’on trouvât honnête que chacun tînt son vis-à-vis pour un homme moral, que l’on trouvât opportun de ne pas répudier ce qui est fixé par la loi dans l’État. Bref, cet état d’échauffement d’une élément spirituel dans l’âme devrait disparaître si notre intellectualité persistait, et cela aussi hors de la vie morale humaine. Car on ne peut donner de réalité à notre vie morale que si de nouveau la contemplation spirituelle imprègne et pénètre tout ce que nous avons acquis depuis trois ou quatre siècles. On ne doit absolument pas le critiquer de manière réactionnaire, mais seulement insister sur sa nécessité. Mais que nous montre-t-elle cette vision du spirituel, quel est l’élément moral de notre contemplation de l’esprit ? Cette vision de l’esprit reconnaît la nature extérieure, elle voit déjà en elle au sens originaire ce que de raisonnables géologues (5) — je veux parler de façon comparative — acceptent maintenant pour la formation de la Terre. De tels géologues disent : une grande partie de notre évolution géologique terrestre est déjà aux prises avec un courant descendant. Pour de nombreuses régions de la Terre nous nous promenons sur une existence morte, lorsque nous marchons sur la glèbe. Une telle existence éteinte existe et est répandue beaucoup plus universellement que simplement dans l’élément géologique, elle remplit aussi notre vie culturelle et nous avons obtenu dans ces temps modernes des sciences naturelles qui ne se fondent plus que sur la mort, des sciences naturelles focalisées sur le non-vivant, parce que nous avons été peu à peu entourés de l’élément dépérissant dans notre culture. On apprend à connaître ce qui dépérit, ce qui a été mis en mouvement depuis les époques primordiales de l’évolution et qui a atteint sa phase ultime dans le développement de la Terre. Mais ensuite, on peut comparer ce qui a atteint son ultime phase, avec ce qui fleurit en tant que nos idéaux moraux et nos intuitions morales. Que sont ces idéaux moraux et ces intuitions morales ? Ces idéaux moraux et intuitions morales, quand ils naissent en nous, ils dévoilent ce que la science spirituelle d’inspiration anthroposophique appelle ici quelque chose comme un germe, en le voyant comme ce que l’on pourrait comparer au germe d’une plante à venir, qui renferme donc potentiellement la floraison d’une plante, tandis que ce qui dépérit au niveau de la fleur, c’est l’hérédité transmise par la plante mère. Nous voyons pousser notre vie morale dans notre intériorité. En faisant l’expérience de ce qui est inné à la nature, nous éprouvons ce qui, depuis les temps anciens, s’est développé jusqu’à maintenant sur la Terre ; en ressentant s’épanouir en nous les idéaux moraux, nous éprouvons ce qu’un jour la Terre rejettera comme un cadavre, comme une scorie, avec les âmes humaines qui s’en détacheront dans une vie cosmique immortelle, de la même façon que l’homme individuel, lorsqu’il rejette son cadavre, pénètre dans l’existence spirituelle et psychique. Ainsi voyons-nous germer en nous les métamorphoses futures de la Terre en déployant notre vie morale.

Pensez donc, quand on la capacité d’appréhender une telle idée, aussi fantastique qu’elle puisse certainement se présenter à l’humanité d’aujourd’hui, dans sa pleine gravité et dans toute sa profondeur, quelle responsabilité morale découle ensuite d’un tel concept ! Alors on se dit : qu’es-tu donc, Homme ? Tu es le résultat du passé et de toute l’évolution terrestre. Et en tant que tel tu chemines vers ton déclin. Ta vie morale se ranime en toi, c’est le germe du futur, certes à présent encore un semblant irréel, de sorte que nous le tenons pour quelque chose de simplement abstrait ; mais c’est là le tout premier commencement d’une riche réalité future. Et l’on devrait encore se dire : si tu n’exerces pas cet élément moral, si tu ne t’unis pas à lui, alors tu pèches tout bonnement vis-à-vis de ton prochain, à l’égard duquel tu es aussi toi-même responsable, tu pèches contre tous les mondes spirituels. Car ils ont déposé en toi un germe, qui par ta moralité doit croître dans l’avenir du monde. Si tu es immoral, tu te fermes à l’avenir de l’humanité. Vis-à-vis de l’énergie qui vient pour la volonté et la vie active à partir de la connaissance de l’esprit, peut encore surgir ce sérieux d’une responsabilité humaine, je voudrais dire, orientée d’une manière cosmique et universelle. Nous pouvons ressentir : dans l’ancienne Grèce, l’horizon de l’esprit cultivé était rétréci. On était alors citoyen de son terroir. Les Temps modernes vinrent. L’Amérique fut découverte, la forme ronde de la Terre fut immédiatement redécouverte, au travers des grandes explorations ? L’homme devint citoyen de la Terre. De nouveau nous avons franchi une étape supplémentaire. L’humanité a passé au travers de l’état de citoyenneté du pays à celui de citoyenneté de la Terre. Aujourd’hui l’appel lui est lancé pour devenir citoyen de l’Univers dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire, de se ressentir comme un citoyen de ces mondes, qui sont à l’extérieur de notre Terre, mais qui appartiennent avec Elle à une totalité, citoyens aussi de ces mondes futurs sur lesquels j’ai attiré l’attention.

C’est ainsi que la contemplation morale peut s’enraciner de nouveau dans la connaissance de l’esprit. C’est seulement si une telle énergie traverse notre vie morale que nous serons en situation de configurer un enseignement moral en vue d’une conception de al vie qui agit socialement.

De tels cheminements qui ont été indiqués ici, ils ont été tentés dans quelque chose comme la Dreigliederung de l’organisme social, dans quelque chose qu’expose mon ouvrage « Les points essentiels de la question sociale ». Beaucoup tiennent cela pour des abstractions, des utopies, et c’est pourtant là tout ce qu’il y a de plus réel, car cela repose sur une réalité qui a été repensée à fond et de neuf, une réalité qui ne peut être atteinte par aucune des sciences naturelles, car celles-ci ont été rendues malades par la vie intellectualiste. Cette vie intellectualiste a progressivement renvoyé l’être humain à lui-même. On peut aujourd’hui obtenir de remarquables évidences de la manière dont l’homme, par le fait qu’il ne peut plus concevoir l’homme lui-même, à partir des connaissances résultant des sciences naturelles extérieures, est devenu égoïste. L’égoïsme a fait son apparition au même pas et dans le même temps que l’intellectualisme au long de ces trois au quatre derniers siècles, il s’esr introduit dans toute la vie humaine extérieure et intérieure, avant toutes choses — et cela doit aussi être considéré sans préventions — cet intellectualisme, cet égoïsme s’est emparé aussi de la vie religieuse. Aujourd’hui — car cela a malheureusement préparé l’éducation humaine — c’est seulement à partir d’un certain point de vue égoïste, que l’on peut parler d’immortalité de l’âme humaine. Les hommes reculent de frayeur face à quelque chose — comme ce n’est naturellement pas possible, mais pourrait pourtant le devenir — comme la survenue d’une cessation d’existence de leur entité spirituelle et psychique, au moment où le cadavre de la Terre sera remis. Cela contredit ce qui du côté de la nature est resté comme un ultime et net résidu ; cela contredit un instinct nettement égoïste. On s’abandonne à cet instinct égoïste quand on ne fait que parler de la persistance de l’âme après la mort, lorsque cela se produit de nouveau sous la contrainte du dogme, ce qui est naturellement parfaitement et pleinement fondé justement par la science spirituelle ; mais quand on ne parle pas du fait que notre dimension psycho-spirituelle existait déjà dans un monde spirituel avant la naissance ou, selon le cas, avant notre conception. Avant que nous descendions dans la corporéité physique et que nous adoptions ces enveloppes qui nous sont données au travers de l’hérédité par notre père et de notre mère, nous traversons également une évolution dans les mondes spirituels, comme nous le faisons ici sur la Terre. Et exactement comme notre vie après la mort est une continuation de la vie ici sur Terre, une déconstruction de nos expériences d’ici, ainsi la vie que nous traversons entre la naissance et la mort est-elle une continuation de la vie telle qu’elle préexistait avant la naissance.

Cela impose ses grands devoirs au pédagogue, par exemple, quand il est pleinement conscient de la responsabilité qui repose sur son âme, attendu qu’il a à développer ce qui est descendu des hauteurs spirituelles et éternelles dans un corps humain et qui, au travers de sa forme extérieure et de ses enveloppes, va s’empreindre et se manifester toujours plus d’année en année. C’est l’autre chose que l’on peut ajouter à cette connaissance qui va au devant de l’égoïsme et qui n’a d’égard que pour le fait, solidement établi à la vérité comme allant de soi, de l’immortalité de l’âme humaine vis-à-vis de la mort. C’est l’autre côté sur lequel la science spirituelle doit particulièrement insister pour l’homme nouveau : la vie avant la naissance ou bien avant la conception, et la continuation de celle-ci par la vie ici. Il devient facilement superficiel, celui qui ne parle que de la vie après la mort. Celui qui envisage sérieusement la vie avant la naissance, se sentira obligé — étant donné que l’ordre du monde est tel que l’homme est descendu dans l’existence physique — à rendre cela un fait énergique. Car ce n’est que de cette manière que nous pouvons empreindre ce que nous tentons d’empreindre, lorsque nous savons que nous sommes descendus dans l’existence physique. Tandis que la simple perspective sur ce qui vient après la mort mène à une perte d’âme (entseelung) et à une perte d’esprit (entgeistigung) de l’existence physique, le renforcement de notre volonté dans la perspective d’une travail de la totalité de notre être et de notre vie, fait naître en nous la conscience que nous sommes descendus en tant qu’esprits dans cette existence physique. Des espérances humaines pour l’avenir ne peuvent résulter d’une manière certaine que de la contemplation spirituelle, lorsque avec notre manière de voir nous nous enracinons dans l’esprit, lorsque nous marquons et imprégnons notre nature intellectualiste avec ce que nous donne la science spirituelle. Alors une impulsion à agir, une impulsion volontaire peut de nouveau rentrer dans notre vie. Et notre vie aura besoin de ces impulsions spirituelles, car cette vie est en plein déclin. Les générations anciennes pouvaient encore contempler en comptant sur leurs instincts. Chez les Grecs antiques, nous pouvions voir que celui qui devait mûrir en vue de la vie publique, n’avait besoin que des instincts reposant sur son sang pour ce faire. Cela ne pourra plus être, la culture devrait disparaître si nous ne voulions l’édifier que sur ce que pourrait nous apporter la Terre à partir des instincts des hommes. L’actuel socialisme est-européen compte sur ces instincts ; il compte sur un nul. On comptera sur une réalité quand on rétablira l’espoir que doit être édifié un socialisme orienté par la science spirituelle. Il est vrai que de telles manières de voir, comme celles qu’on a présentées ici, ne sont pas encore prises avec tout le sérieux qu’il faudrait, pour le moins pas par le plus grand nombre des hommes. Quelques-uns les prennent au sérieux, bien sûr à partir de points de vue tout à fait déterminés. C’est ainsi que j’ai lu dans notre journal « Dreigliederung des Sozialen Organismus » (6), alors que je travaillai encore à Dornach, la façon dont à partir d’un certain côté, ce qui apparaît en tant que science spirituel tire vraiment à conséquence ; et l’on doit ici avoir tenu une remarquable conférence, je crois même avec un accompagnement musical, une conférence qui s’appuyait sur quelque chose qui émane d’un certain côté, par exemple dans le « Stimmen der Zeit » (Voix du temps, ndt) de la part du père jésuite Zimmermann, presque dans chaque numéro, et qui engendra justement de tels échos, comme celui qui doit résulter ici. On a dit alors, et en plus de la part d’un chanoine, qu’on pouvait effectivement enseigner sur ce que Steiner dit, à partir des écrits de ses opposants, car les écrits qu’il rédige lui-même, et ceux de ses partisans, il n’est plus permis aux catholiques de les lire, car le Pape les a interdits. De fait, la sainte Congrégation romaine du 18 juillet 1919 a publié un décret qui interdit la lecture des écrits théosophiques et anthroposophiques, du moins dans l’interprétation de ce décret général qu’en fait le père jésuite Zimmermann. Et l’on ne peut pourtant pas croire que ce père jésuite mente toujours. Il a menti une fois (7), en affirmant que j’aurais été un ancien prêtre et que je me serais enfui d’un monastère. Je n’ai jamais été dans un monastère. Car il a dit : l’affirmation selon laquelle le Steiner est un prêtre défroqué (qui s’est enfui de son monastère, ndt) ne se laisse plus prouver bien sûr aujourd’hui. Une manière particulière de bien réparer ce qu’on a controuvé ! Eh bien ! je ne crois pas qu’est controuvé aussi, ce qui a rencontré cet écho remarquable, à savoir être d’avis que l’on peut enseigner à partir des écrits de mes opposants, parce que les écrits anthroposophiques ont été interdits par la sainte Congrégation du 18 juillet 1919. Effectivement de ce côté-ci on pressent que quelque chose dispose d’énergies très réelles et veut s’installer dans le présent.

Cette science spirituelle d’orientation anthroposophique — permettez qu’en guise de conclusion, je vous fasse part d’une remarque à la fois concrète et personnelle —, cette science spirituelle, d’orientation anthroposophique continuera de défendre ce qu’elle doit défendre, du mieux qu’elle peut, en tant que fondements de connaissance des faits de la vie, en tant que fondements de connaissance de la vie morale et sociale, et en tant que fondements de connaissance des plus belles espérances que peuvent nourrir les hommes, contre toutes les résistances. On peut l’étrangler à cause de moi : dès qu’elle pourra de nouveau, ne serait-ce que s’agiter un peu, alors elle fera de nouveau prévaloir ce qu’elle croit pouvoir faire connaître à l’humanité en vérité nécessaire. Et comme dans l’instant où commença à se retourner la perspective d’une victoire en notre défaveur, vis-à-vis du monde internationale dans son entier un témoignage pour la vie spirituelle internationale a été établi à Dornach que ce qu’est aujourd’hui le goethéanisme, vient pourtant des racines de la vie spirituelle allemande, ainsi donc tout ce qui viendra de tout autre côté, faire obstacle à cette science spirituelle d’orientation anthroposophique pour la connaissance, est passé dans sa conviction de lutter pour un contenu universel.

Voici 35 ans, j’écrivis dans l’une de mes premières analyses pour caractériser combien il était nécessaire à l’esprit allemand d’en revenir aux meilleures sources de sa vigueur, j’écrivis alors ces paroles à l’instar d’un appel lancé au peuple allemand : « Dans tous les progrès que nous avons à enregistrer dans les domaines culturels les plus variés, nous ne pouvons cependant pas nous débarrasser du fait que la signature de notre époque laisse beaucoup, vraiment beaucoup à désirer. Nos avancées sont pour le moins amples mais peu profondes. Pour le contenu d’une époque seuls les progrès en profondeur sont déterminants. Il se peut que l’abondance des faits, qui de tous côtés ont fait irruption sur nous, fasse apparaître concevable que tandis que notre regard se focalisait sur le vaste horizon, nous ayons instantanément perdu celui dans les profondeurs. Nous voudrions seulement espérer que les fils rompus d’une évolution progressive soit bientôt rattachés et que les nouveaux faits un jour conquis des hauteurs de l’esprit soient compris. »

C’est dans le sentiment que, si l’état de profondeur de l’époque ne rencontrait pas une contrepartie dans une réelle élévation spirituelle, une catastrophe devrait nécessairement s’ensuivre, c’est dans ce sentiment, cette douleur navrante, que j’écrivis ces mots voici 35 ans et que je les fis imprimer. Je crois qu’aujourd’hui justement à partir d’un tel point de vue, comme je l’ai exposé ici, j’ai le droit d’attirer l’attention sur cette réflexion personnelle concrète d’alors. Car le cours des événements dans ces trois décennies et demi est une évidence qu’il est bien justifié de faire retentir de nouveau l’appel vers la spiritualité. Alors que naguère il ne fut pas entendu, puisse-t-il l’être aujourd’hui dans un proche avenir par les Allemands, afin qu’ils puissent édifier de leur intériorité, à partir d’une spiritualité consciemment saisie, ce qui fut détruit ces dernières années, justement par eux et d’une manière si terrible, en effet, ce qui a seulement commencé à être détruit et qui continuera certainement sur la voie de la destruction si l’on n’adopte pas la spiritualité pour une nouvelle reconstruction.

Voilà ce à quoi on pourrait en appeler aujourd’hui : à la volonté vers le spiritualité, justement dans le peuple allemand. Et l’on doit moralement en appeler à cette volonté ; car il est certain que si le peuple allemand développe sa volonté vers cette spiritualité, alors il doit la rencontrer. Au sujet du matérialisme, j’ai récemment déclaré que ce peuple n’avait en apparence — et c’est ce que démontre carrément les événements de ces dernières années — aucun talent ; par contre, pour la spiritualité il en a du talent, et c’est ce que prouve l’esprit de notre propre évolution sur des siècles. C’est pourquoi on peut en appeler à la volonté pour la spiritualité : le peuple allemand, si seulement il développe la volonté, trouvera la spiritualité, il a le talent pour cela. Mais comme il a ce talent, il a aussi la grosse responsabilité de répondre à un appel de la spiritualité. Puisse s’éveiller la conscience de cette responsabilité, s’éveiller de façon que le peuple allemand puisse de nouveau intervenir énergiquement dans l’évolution de l’humanité sur le fondement de l’esprit et à partir de ses impulsions spirituelles, qu’il puisse poursuivre ce que ses plus grands esprits ont produit au long de nombreux siècles pour la bénédiction de l’humanité.


Notes :

(1) « Un changement de nom pour l’Université des sciences de l’esprit » : originellement l’édifice de Dornach devait s’appeler Johannesbau selon un personnage principal des Drames-Mystères de Rudolf Steiner.

(2) « Il écrivit à son ami resté à Weimar » :  « En outre, je dois te confier que je suis tout près de découvrir le mystère de la croissance et de l’organisation végétales, et que c’est le plus simple qui puisse être pensé au monde. Sous ce ciel on peut faire les plus belles observations. Le point principal , là où se cache le germe, je l’ai clairement et sans aucun doute découvert ; tout le reste je le vois aussi déjà dans l’ensemble et quelques points encore seulement doivent être mieux déterminés. La plante archétype est la créature la plus admirable du monde, à propos de laquelle la nature elle-même m’enviera. Avec ce modèle et la clef qui lui correspond on peut dès lors découvrir des plantes à l’infini, qui doivent être conséquentes, à savoir : celles qui, même si elles n’existaient pas, pourraient quand même exister et cela sans être des ombres et des chimères peintes ou composées, mais en ayant une vérité et une nécessité intérieures et innées. La même loi pourra se laisser appliquer sur tout le reste du monde vivant. », 17 mai 1787 à Herder de Naples, « Voyages en Italie », vol.2.

(3) « huitième Concile oecuménique de Constantinople « : Dans « Canones contra Photium » il est prescrit dans le Can. II que l’être humain ne possède pas « deux âmes », mais « unam animam rationabilem et intellectualem ». Contre cela s’était élevé le Patriarche de l’Église d’Orient, Photius, contre qui le Concile avait été réuni, lequel défendait la conception que l’on devait distinguer deux âmes, l’une inférieure et l’autre supérieure et pensante.

(4) « Une conférence sur la science spirituelle d’orientation anthroposophique » : Dans une série de conférences du parti opposant, le théologien évangéliste Gogarten avait pris la parole, il participa par la suite à la direction des « Allemands Chrétiens » privilégiés par Hitler.

(5) « Ce que des géologues raisonnables…, acceptent » : Rudolf Steiner se rapporte ici au célèbre géologue autrichien Eduard Sueß, 1831-1914 : « Le visage de la Terre », trois volumes, Vienne 1883-1901.

(6) « dans notre journal „ Dreigliederung des Sozialen Organismus“»: dans le n°21, le Dr. Walter Johannes Stein rapporte la conférence d’un opposant ; le chanoine Fr. Laun, Rottenbourg, le 11 novembre 1919 à Stuttgart. Dans le récit on dit : « Pour dire de quel genre étaient les moyens de lutte du conférencier, il me suffira de mentionner qu’après la conférence aucune discussion ne fut proposée et que le conférencier indiqua que celui qui voulait s’orienter sur Steiner, pouvait le faire en lisant les écrits de ses opposants mais pas ceux de Steiner lui-même, puisque le Pape avait interdit ces derniers. »

(7) « Il a menti uen fois,» : Dans les « Stimmen aus Maria Laach », une revue catholique, Freibourg, i. Br. (depuis 1914 « Stimmen der Zeit»), l’organe principal des Jésuites en Allemagne, dans le volume 83, parut à la page 80, le recension d’un ouvrage de Giovanni Busnelli SJ « Théosophie  et Christianisme » par Otto Zimmermann SJ. Dans cette recension, Rudolf Steiner est caractérisé comme « un (à ce qu’on dit) prêtre défroqué », alors que dans l’ouvrage de Busnelli — pareillement erroné — il est question à son propos d’un « ancien prêtre catholique ». — Zimmermann est revenu six ans plus tard seulement sur son affirmation par la tournure superficielle suivante « ce qui ne se laisse plus prouver » (« Stimmen der Zeit », vol. 95, p.331).

(8) « dans l’une de mes premières analyses » : « La signature spirituelle du présent » dans « Deutsche Wochenschrift », 1888, VI. 24ème année. Voir « Bases méthodiques de l’Anthroposophie » 1884-1901, GA 30, Dornach 1961, pp.253 et suiv..