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Institut pour une triarticulation sociale
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Collection: 05 - LA VIE JURIDIQUE DEMOCRATIQUE
Sujet: Volonté de travail par la démocratie.
 
Les références Rudolf Steiner Oeuvres complètes 024 047-052 (1982) 00/08/1919
Traducteur: Editeur: EAR

 

CAPACITÉ DE TRAVAIL, VOLONTÉ DE TRAVAIL ET ORRudolf Steiner Oeuvres complètes NISME SOCIAL TRIPARTITE
Des personnalités de tendance socialiste estiment que la forme actuelle du profit constitue dans l'économie un stimulant du travail dont la suppression permettra l'instauration d'un ordre social plus sain. De tels penseurs se trouvent dès lors devant une question pressante: qu'est-ce qui engagera les hommes à consacrer leurs capacités et leurs énergies à la production économique quand celle-ci ne leur offrira plus la satisfaction égoïste du profit personnel? On ne peut pas dire que les partisans de la socialisation accordent à cette question toute l'attention qu'elle mérite. Exiger qu'à l'avenir l'homme ne travaille plus pour lui-même mais pour la communauté reste une vaine exhortation tant que l'on n'aura pas une connaissance réelle de ce qui peut déterminer les âmes à reporter sur une cause commune le dévouement qui jusqu'ici servait leur intérêt i personnel. On peut s'imaginer que la répartition du travail de chacun, régie par l'administration centrale, permettrait aussi une répartition équitable des produits du travail par cette administration centrale. Mais c'est une illusion. Cette hypothèse tient certes compte d'un besoin de consommation qui doit être satisfait; mais elle néglige le fait que la simple connaissance de ces besoins reste loin d'engendrer en l'homme le dévouement à la production, s'il doit produire pour la communauté et non pour lui-même. L'homme n'éprouve aucune satisfaction à savoir qu'il travaille pour la société. C'est pourquoi ce savoir ne lui servira pas de stimulant.
Si l'on veut supprimer le profit égoïste comme stimulant du travail, il faut le remplacer par un autre. Si le dynamisme du circuit économique se fonde sur d'autres éléments que le profit personnel, l'administration ne dispose d'aucune prise sur la volonté de travail. Par le fait même de cette impuissance elle répond à une exigence sociale ressentie par une grande partie de l'humanité parvenue au stade actuel de l'évolution: le refus de travailler par contrainte économique. Les hommes de cette catégorie voudraient travailler pour des mobiles plus conformes à la dignité humaine. Sans doute chez beaucoup d'entre eux ce désir se trouve-t-il encore à l'état d'impulsion inconsciente, instinctive; mais dans la vie sociale, ces impulsions inconscientes ont une portée bien plus grande que les idées consciemment exprimées. Les idées conscientes sont souvent issues d'une incapacité de voir clair en soi-même. 'occuper seulement de ces idées c'est rester à la surface des choses. Il faut donc ne pas se leurrer sur des idées superficielles et prêter attention aux aspirations réelles et profondes de l'humanité. Il est incontestable, :Vautre part, qu'à notre époque, mouvementée, dans
la vie sociale, de bas instincts se déchaînent. Mais e invoquant contre elle les agissements de tels instincts, on ne saurait étouffer la revendication, justifiée, d conditions d'existence plus conformes à la dignité humaine.
Si la structure économique ne comporte plus de stimulant direct de la volonté de travail, cette action stimulante devra émaner d'un autre secteur de l'organisation sociale. La conception de l'organisme social tri­partite tient compte du stade actuel de notre évolution en réduisant la vie économique aux seuls processus économiques. Les organes administratifs de l'économie seront en mesure de fournir des renseignements précis sur les besoins de la consommation, la meilleure méthode de distribution, la nécessité d'augmenter ou de diminuer tel secteur de production. Mais ces informations techniques n'engendrent pas la productivité subjective; de même, l'administration n'aura pas les moyens d'instaurer un système d'éducation et d'enseignement cultivant les facultés individuelles qui sont la source de l'activité économique. Dans le cadre de l'ancien système économique ces facultés étaient cultivées dans l'espoir du profit. personnel. Les injonctions émanant d'une administration à caractère purement gestionnaire sont impuissantes à stimuler le développement des facultés individuelles tout comme elles sont impuissantes à mobiliser la volonté de travail des individus. La conception de l'organisme social tripartite veut éviter cette erreur. Par la vie culturelle autonome elle veut offrir à l'individu un champ d'expérience directe où il acquiert une connaissance vivante de la société humaine pour laquelle il est appelé à travailler. Il y apprend à apprécier les rapports de structure entre le travail individuel et l'ensemble de l'ordre social, et parvient à aimer son propre travail en raison
de sa valeur pour la collectivité. La vie culturelle autonome, telle que la conçoit la tripartition, prépare le terrain à des forces nouvelles qui prendront le relais des mobiles égoïstes entretenus par l'appât du gain. L'autonomie de la vie culturelle est la condition indispensable à l'éclosion d'un amour de la société humaine comparable à l'amour qu'apporte l'artiste à la création de ses oeuvres. Si nous ne sommes pas prêts à cul!tiver cet amour dans l'autonomie de la vie de l'esprit, nous ferons mieux d'abandonner l'espoir d'une réorganisation sociale. Qui doute de la perméabilité des . hommes aux forces de l'amour remet nécessairement en question la possibilité d'exclure le profit personnel de la vie économique. Qui ne peut croire que l'autonomie de la vie culturelle engendre cet amour dans les âmes ignore que la passion du gain n'est pas une qualité inhérente à la nature humaine, mais résulte de la subordination de la vie spirituelle à l'Etat et à l'économie. L'opinion courante que la tripartition reste irréalisable avec les hommes d'aujourd'hui, se fonde sur cette erreur. En réalité, l'organisme social tripartite exerce une action pédagogique qui rend les hommes différents de ce qu'ils étaient par suite du système ancien d'économie politique.
De même que la vie culturelle autonome engendrera 'les impulsions nécessaires au développement des facultés individuelles, l'organisation juridique fondée sur une constitution démocratique fournira le ressort indispensable à la volonté de travail. Dans un organisme social où la sauvegarde des droits personnels deviendra un acte de réciprocité entre individus majeurs et responsables, les rapports ainsi établis auront le pouvoir d'enflammer la volonté de travailler «pour la communauté». Il ne faudrait pas oublier que la qualité des apports humains est la condition préalable à tout
sentiment de solidarité, et que cette solidarité peut s manifester dans la volonté de travail. La réalisation d'un Etat constitué de la sorte permettra à chaque individu de s'intégrer de façon organique et en toute connaissance de cause dans le champ des activités communes. Chacun connaîtra la raison de son travail et de ce fait éprouvera le désir de travailler dans une communauté à laquelle il sait appartenir de par sa volonté.
Quiconque accepte l'idée de l'organisme social tripartite se rend compte que la société coopérative de structure étatique visée par le socialisme d'orientation marxiste ne peut créer le ressort indispensable à la capacité et à la volonté de travail. Fort de cette certitude il s'opposera à ce que la réalité concrète de l'ordre social fasse oublier l'essence profonde de l'être humain. Une pratique de la vie digne de ce nom ne saurait s'en tenir aux seules institutions concrètes; elle doit tenir compte à la fois des possibilités actuelles et futures de l'être humain.