Fiche thématique "pratique" concernant
le "goethéanisme"
On pourrait se demander ce que sujet vient faire parmi des thèmes de science sociale et en particulier de trimembrement de celle-ci.
En temps que français, et compte tenu de la quasi absence de l’alternative "triarticulation" dans la vie socio-politique (sauf pour un petit nombre d'intéressés à l’anthroposophie, principalement par ses réalisations "utiles"), extrêmement rares sont les situations où on se verrait confronter à un prétendu goethéanisme appliqué au social. Et seul un certains nombre de gens plus cultivés que la moyenne ont eu vent de l’œuvre en sciences de la nature du grand auteur "romantique" allemand que seuls les littéraires et philosophes situeront dans le courant de l’idéalisme allemand en notre pays de rationalisme.
Encore jeune, RS se vit confier l'édition de l’œuvre scientifique et s'intéressa à la façon particulière dont celui ci pensait le vivant à l’œuvre dans la nature au point de publier une "épistémologie de la pensée goethéenne" (ga002 - traduction personnelle à venir)
Plus tard, il se vit confier le développement de la section allemande de la société théosophique (dont une certaine influence en l’époque est aujourd'hui reconnue dans certains domaines) avec la possibilité d'y développer son propre enseignement. Cela avant que ce ne fut plus souhaité et que dut commencer à s'affirmer le mouvement anthroposophique autour de sa science de l'esprit.
Un siège/centre pour celui-ci fut d'abord envisagé à Munich, sous l'égide de Jean (Johannesbau), mais c'est en Suisse, près de Bâle qu'un autre édifice fut bâti et finalement dédié à Goethe. Mais peut-on le dire ainsi pour la dénomination : Goethéanum ? Probablement pas vraiment.
Il le semble à beaucoup, dans leur sens commun : Steiner s'appuie sur Goethe, sa conception du monde, sa façon de penser… prolonge Goethe.
Et on trouve beaucoup, dans l'œuvre personnelle aujourd'hui complète (si on exclu la documentation de ses nombreuses interventions dans d'autres cadres de collaboration) de passages permettant de le penser.
Seulement voilà, ceci en ignorant ou mettant de côté ceux où il tente d'expliquer le véritable lien qu'entretient sa science de l'esprit à la pensée de Goethe, mais aussi celle d'Hegel (ce rapport est encore moins connu en France), et au fond à l’idéalisme allemand. Et, derrière cela, si j'en crois E. Lauer ( voir son livre sur les âmes de peuple : français - bilingue ), à la troisième et dernière incarnation (périodique - justement une spécificité propre) de l'âme de peuple allemande. On pourrait aussi parler d'allemanité (la germanité, elle, ferait référence à un passé encore plus ancien.
Il y a donc différentes sortes de goethéanismes et s'y référer n'est pas suffisant pour supposer la moindre anthroposophie, et encore moins une science de l'esprit ainsi orientée.
Quelle difficulté supplémentaire à se repérer… mais ne vaut-il quand même pas mieux être averti ?
Alors
voyons d'abord, ce que j'avais compris moi-même du
goethéanisme de la perspective pratique d'un
biodynamiste invité au quotidien a s'orienter dans les
phénomènes naturels et s'y étant quand même formé trois
semaines en un hiver du milieu des années quatre-vingt
dix à la section de science de la nature au Goethéanum.
Et bénéficiant donc probablement de l'apport
supplémentaire propre à la science de l'esprit.
En fait surtout l'importance d'apprendre à contre-balancer les savoirs, et par conséquent les représentations toutes faites (déjà acquises dans le passé donc) sur les phénomènes, manifestations, apparitions (d'un certain point de vue), par une observation le plus possible sans préventions donc, permettant ainsi une nouvelle expérience accrue…
Une des façons d'intensifier cela est de se la remémorer ensuite, voir en prendre note, puis de répéter observation et mémorisation en un certains rythme.
On peut alors s’apercevoir, par exemple, qu'animal, plante ou caillou en admettent de différents… et on entre tout doucement dans des formes de "communions" différentes, finalement propres à "l'être" observé ?
Cette démarche de connaissance diffère donc sensiblement de celle qui construit le processus d'observation, voire l’expérience, sur une théorie et des hypothèses extérieures à l’objet observé.
Tout
cela est très bien pour faire une place au sensible et
ce qu'il suscite en nous. Une part de nous et aussi de
ce monde n'est-ce pas ? Notons au passage que cela
suppose de pouvoir mobiliser rythmiquement une partie de
nous vis-à-vis de nous. Une autre partie ?
RS explique d'ailleurs à plusieurs occasions que la seule façon de revivifier une science de la nature se sclérosant est de renouveler ses questions au delà du seuil (appelé aussi "de la mort") dans le monde suprasensible.
Cela
ne signifie-t-il pas aussi, que renouveler sans cesse
les observations extérieures comme celles de leurs
prolongements en nous, renouvelle effectivement les
questions ? Tout comme notre rapport au vivant, devient
plus fin, plus vivant voire anticipateur à force de
pratique... (comme en matière de météo lors
d'observations régulières méthodiques).
Très bien
Mais il explique aussi qu'en science sociale, c'est à dire dans le rapport non au vivant dans la création, mais dans le vivant créateur en société , ce sont les questions qui montent du social… et que ce sont alors les réponses qui sont à trouver au delà.
Est-ce cela que montre déjà le jeune RS dans une recension critique du livre surtout d'observations (dit-il) de Stein, revendiquant alors pour lui le courage de tirer la loi : la question venant des phénomènes déjà plus difficiles à observer, et la réponse sous forme de loi donc ?
(voir les deux articles sur la loi sociologique fondamentale français - bilingue)
Et c'est donc là qu'on peut se demander si est encore valable, ou ce qui de, la "phénomologie goethéenne", vaut encore.
Serait-ce là qu'intervient peut-être plutôt ce que l'humanité doit à Hegel, comme une capacité à dérouler un pur penser, conceptuel d'abord, déjà libérer des représentations, avant fréquentation de l'essence, de l'être… et surtout, pénétrant leur "logique" comme une sorte de structure du monde ?
Mais là aussi, en tant que telle, la prestation de celui-ci, comme celle de Goethe, ne peut pas plus être poursuivie, déjà du vivant de RS, telle qu'elle était. Un pas a donc déjà dû être fait par lui, et reste peut être à faire par beaucoup semble-t-il...
Et cela a bien plus d'importance immédiate lorsqu'on sait qu'à plusieurs reprises, ilfait observer qu'en quelque sorte, méconnaître un élément de la nature n'aura pas de conséquence sur elle (en tout cas pas immédiatement pourrait-on assez facilement ajouter aujourd'hui), mais que ce n'est pas le cas pour le domaine social.
On peut donc s'interroger sur la grande difficulté que ce mouvement a toujours eu en la matière, y compris du vivant de son principal inspirateur, pour se saisir de la science du social qu’il a pourtant développée.
On
lira donc utilement dans :
Traitement en science de l’esprit de questions sociales
et pédagogiques, cycle 192, la ONZIÈME
CONFÉRENCE, 29 juin 1919 français - bilingue
Et
aussi les passages correspondants du cycle 188 : LE GOETHÉANISME,
UNE IMPULSION DE TRANSFORMATION ET UNE PENSÉE DE
RÉSURRECTION.
SCIENCE HUMAINE ET SOCIALE
Maintenant ouverte, je compléterai cette page au fur et à mesure des avancées…
François Germani, 31 mai 2026
